NB: Voici une version légérement modifiée de cette nouvelle. J'ai simplement raccourci l'intro et changé quelques transitions, donc pour ceux qui la connaissent deja, je ne pense pas qu'une re-lecture s'impose. Après c'est vous qui voyez ;)
Les bonnes nouvelles
Mon métier, c’est de vous dire la vérité.
Rien que la vérité.
Mon métier, c’est de relayer l’information, sensibiliser l’opinion publique à tel ou tel phénomène.
Enquêter, communiquer, manipuler.
Tout cela, c’est mon métier.
Car la vérité dont je vous parle, il s’agit de ma vérité.
La réalité que je vous présente, c’est celle qui va plaire à mon rédac chef.
Celle qui va susciter l’horreur, l’indignation, et toutes sortes de sentiments qui vont vous faire maudire cette société pourrie.
La réalité que je vous dévoile, c’est celle que je façonne jour après jour, nuit après nuit, pendant que le bon citoyen tremble devant son écran de télévision.
La guerre, la famine, la maladie, toutes ces choses ignobles qu’un présentateur bien sous tous rapports vous inflige chaque jour aux alentours de 20h.
Tous ces phénomènes-là, je les connais par cœur : après tout c’est moi qui suis sur le terrain, qui constate et établit un rapport en temps réel.
Le monde crève à petit feu, et je ne suis rien d’autre qu’un spectateur privilégié de cette lente déchéance.
Spectateur et auteur.
Arriviste et dénué de tout sens moral.
Si un type chope un virus bénin, un cas rare et isolé qui va le constiper pendant 3 jours, je vais vous dire qu’une terrible épidémie menace le pays et que les conséquences sont désastreuses.
Si un petit groupuscule s’amuse à inventer des théories fumeuses qui font vaguement penser à une religion, je vais vous dire qu’une dangereuse secte menace la santé mentale de vos précieux chérubins.
Car contrairement à vous, je ne lis pas l’information.
Je la crée.
Quiconque détient un tel pouvoir peut se vanter d’avoir une emprise certaine sur les individus.
Oui, vous, l’insignifiante masse laborieuse, le ramassis de crédules qui auront peut-être un jour l’honneur de figurer dans mes lignes si vous décédez de mort violente.
Voir aussi : Pétage de plombs. Vol avec violence. Pédophilie.
Bref, tous ces sujets dont les gens raffolent et prennent un plaisir malsain à lire et à ressasser en société.
Le malheur des uns fait le bonheur des autres dit le fameux dicton. Et votre malheur, c'est mon fonds de commerce.
Un peu comme le fossoyeur qui va sabrer le champagne quand un riche client décède et que sa famille va lui acheter le dernier cercueil tout confort, au cas ou il aurait l’idée bizarre de se réveiller un jour.
La mort, ce dernier rempart, cette ultime issue de secours qui vous permet d’effacer toutes ces images terribles de votre esprit.
La destruction annoncée d’un monde contaminé par la haine et la violence.
Mon rôle dans tout ça ?
Rien de plus qu’un rouage essentiel dans une société dite civilisée.
Rien d’autre qu’un maillon de la chaîne qui contribue à semer la paranoïa dans cet éden illusoire, ou chacun a peur de son voisin, cet inconnu.
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-« Bruce ? J’ai un dossier pour toi… »
Le type qui m’appelle par mon prénom, c’est Jim Carlson. Mon rédac-chef.
Comment j’en suis arrivé à me lier d’amitié avec ce fouille - merdes, je n’en sais foutre rien.
Les années passent, l’habitude s’installe, et les gens que vous détestez finissent par vous être totalement indifférents.
Le tout c’est de ne pas ouvrir sa gueule trop fort, voire de ne pas l’ouvrir du tout.
Jouer les employés dociles et laisser une confiance aveugle s’installer petit à petit.
Là ou vos sentiments personnels laissent place à un détachement total.
Ce qui a sans doute plu à Carlson, c’est le total manque d’empathie dont j’ai rapidement fait preuve à l’égard de mes « victimes ».
Tous ces gens si fragiles, perdus dans les méandres de leur triste existence, et qui se retrouvent dans les lignes de notre quotidien. Toute cette souffrance à laquelle je fais face magnéto à l’appui, relevant le moindre petit détail qui peut avoir la plus grande importance.
Carlson m’avait confié les sujets les plus glauques, les plus malsains, et là ou un journaliste lambda avait peur de s’aventurer, moi je posais les questions les plus dérangeantes, les plus intimes, et j’obtenais toujours des réponses. Enfin, la plupart du temps.
J’étais devenu une sorte de star locale.
Tel le chevalier Bayard, j’étais le reporter sans peur et sans reproches.
A tel point que j’avais acquis une liberté totale au sein de la rédaction, et que je pouvais me permettre de léguer les sujets inintéressants aux autres journalistes.
-« Faites voir ? Quoi, encore un bébé assassiné ? La barbe… »
Le genre de sujets que j’avais déjà couvert une bonne vingtaine de fois.
Le genre de sujets dont personne ne veut, mais il faut bien que quelqu’un le fasse.
-« Terrence ? Viens voir un peu par là… »
Terrence était nouveau au sein de la rédaction. Seulement quelques mois qu’il bossait ici,
et déjà il avait eu à s’occuper des pires affaires, notamment celles que je lui transmettais.
C’était un jeune blanc-bec au teint pale, les cheveux taillés courts et la barbe naissante.
Il portait de grosses lunettes rondes qui lui bouffaient le visage, et son look de vieux garçon
- chemise à carreaux rayon discount et raie sur le coté façon Clark Kent - tendait à me faire penser que sa vie amoureuse se résumait à la pratique en solo.
Il n’avait de surcroît aucun caractère, ce qui me laissait l’entière opportunité de lui céder avec joie ces dossiers plus que douteux.
-« Qu y a t il Br…»
-« Il y a que tu vas t’occuper de ce gamin abandonné dans une poubelle, j’ai une affaire urgente à régler ! »
-« Mais… c'est-à-dire que j’avais déjà prévu cet après-midi de… »
-« Eh bien tu reportes… ou tu te démerdes pour faire les deux. C’est pas mon problème. »
Terrence savait que s’opposer à moi, cela revenait à s’opposer à Carlson.
Je n’étais pas le boss, mais c’était tout comme.
Il allait à nouveau se résigner, et moi j’allais partir m’occuper d’une affaire un peu plus intéressante.
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Attention…
Quand je dis affaire plus intéressante, il faut relativiser.
Quand vous avez tout vu, tout entendu, quand vous êtes dans le métier depuis des années comme c’est mon cas, plus rien ne vous étonne, ou presque.
Tout juste haussez vous un sourcil quand un indic vous branche sur une affaire un peu tordue, un trafic d’organes en plein centre-ville ou encore un violeur récidiviste amateur de vieilles femmes obèses.
Les gens en veulent toujours plus. Et par conséquent, moi aussi.
C’est aussi simple que ça. Et c’est ce que je m’évertuais à expliquer ce soir-là à mon « collègue », Pete Paterson ; la cinquantaine, costume noir toujours impeccable, et un brushing parfait qui devait lui coûter l'équivalent du SMIC mais qui lui donnait presque dix ans de moins.
Nous avions convenu d'aller boire un verre au Red Tiger, fameux bar branché qui faisait office de QG des journalistes de tous poils. Et tandis que je devisais en sirotant mon mojito, fixant la sublime serveuse blonde d'un œil et Pete d'un autre, ce dernier semblait toujours aussi dubitatif devant mon cynisme affiché.
-« Comment peux-tu dire des choses pareilles ? On parle d’êtres humains bon sang !
Il n’y a donc plus rien qui te touche ? »
-« Tu veux dire, à part les seins de la serveuse ?…Blague à part, ce qu’il faut que tu comprennes Pete, c’est que nous ne sommes rien de plus que des apprentis avocats :
Nous ne devons pas juger, simplement observer et défendre notre version des faits.
Il n’y a pas de place pour les sentiments. Ca c’est bon pour les bleus… »
-« Comme ce gamin que tu martyrises au boulot ? Comment il s’appelle déjà, Terry ? Ter… »
-« Terrence… Et ne t’inquiètes pas pour lui, c’est le métier qui rentre. »
Paterson bossait pour un journal concurrent, mais nous nous voyions quelques fois pour confronter nos expériences. Il avait à peu près le même age que moi, et déjà un palmarès assez impressionnant en matière de reportages. C’est lui qui avait couvert le tremblement de terre en Chine, j’entends par là, le premier journaliste français à être sur le coup.
Pete était ce qu’on appelle un « envoyé spécial ». Il ne s’occupait que des affaires externes,
ce qui explique notre liberté de ton ; jamais je n’aurais révélé la moindre information à un « collègue » travaillant sur le même terrain que moi.
-« Et donc tu étais sur quoi cet après-midi ? » me fit Pete.
-« Rien d’extraordinaire… Un motard bourré et sans permis qui a percuté une famille…
Le père est indemne mais la femme et le gosse sont morts sur le coup…
C’était pas très beau à voir. Quand je suis arrivé, il y avait encore du sang et des tripes sur le bitume… »
-« Je t’en prie, épargnes moi les détails… »
-« Bref… je suis allé à l’hosto interviewer le type. Le motard était dans le coma mais le père était sur pieds, encore choqué mais lucide.
Les docteurs ne lui avaient pas encore dit que son épouse et son fils étaient décédés.
C’est donc moi qui l’ai fait… »
-« Bruce… »
-« Il aurait bien fini par le savoir non ? Et puis si ça peut te rassurer, je n’ai pas pris de photo… »
-« Plus de pellicule j’imagine ? »
-« Ironises tant que tu veux… Il n’empêche, j’ai réussi à lui soutirer quelques infos entre deux sanglots… rien de bien croustillant mais bon, ça suffira à pondre mon article, et puis ça fera gagner du temps aux types de la nécro… »
Pete me fixait d’un œil noir, mélange de fascination et d’incrédulité.
Je savais que nous n’avions pas la même vision du métier.
Lui était resté un « jeune » idéaliste, un condensé de ce que les années post-mai68 avaient pondu de plus niais.
Ce pauvre Paterson continuait de croire qu'il œuvrait pour un monde meilleur, en dénonçant les injustices et autres abus de pouvoir de par le monde.
Il avait rédigé un nombre incalculable d'articles sur la junte birmane, la dictature en Corée du Nord ou au Zimbabwe, les droits de l'homme bafoués ici et ailleurs… que sais-je encore…
Nous étions tous deux en quête de sensationnalisme, sauf que lui ne voulait pas se l'avouer :
il disait vouloir éclairer les gens, leur faire prendre conscience de la gravité de tel ou tel événement extérieur à notre petit monde de privilégiés.
Et ca fonctionnait. Ca oui.
Cela marchait au moins quelques jours, quelques semaines dans le meilleur des cas.
Le temps que la conscience collective réagisse puis oublie aussitôt l'horreur à laquelle elle vient d'être confrontée.
Prenez les JO de Chine. La situation est-elle nouvelle ? Bien sur que non.
Simplement, les gens se réveillent en même temps. Et croyez bien qu'ils oublieront en même temps.
Les faits sont là : ce qui n'est pas médiatisé n'existe pas.
La guerre civile, les épidémies, les violentes intempéries, tout cela ne dure qu'un temps :
Pour vous ce sera peut-être une journée ou bien cinq minutes, le temps de vous remettre de ce "choc émotionnel".
Pour eux, ce sera le début ou la fin d'une époque, voire peut-être la simple continuité d'une vie misérable, née sous la mauvaise étoile.
Les gens ne sont pas égaux devant le destin. Et ceux qui ont la chance de mener une paisible existence loin des mines antipersonnel et de la censure comme mode de pensée vont peut-être y réfléchir le temps d'un article, d'une interview.
Puis ils retourneront à leur quotidien, maudissant le ciel quand un chauffard leur grille la priorité, quand d'autres font des kilomètres à pied pour aller chercher de l'eau potable.
C'est ainsi.
Et ni Paterson ni aucun de ces foutus moralistes à la noix ne pourront rien y changer.
-« Tu me fatigues avec ton discours fataliste du type blasé de tout… » me fit Pete,
« Tu n'as plus foi en l'être humain, et c'est dommage. C'est à cause de gens comme toi que le monde va mal. »
-« Rassures-toi, répondis-je, le monde n'a pas besoin de moi pour aller mal. Et quant au terme "fataliste", je lui préfère celui de "réaliste", mais encore une fois tout est une question de point de vue. »
J'avais parfois envie de lui déballer tout ce que je pensais de sa vision du monde, celle d'un collégien boutonneux qui croit pouvoir améliorer le quotidien en se battant contre des chimères, mais je m'abstenais à chaque fois. Ce bon vieux Pete m'en aurait certainement voulu, et j'appréciais malgré tout nos petits entretiens à la lumière tamisée et au doux son de Miles Davis que diffusait la radio locale.
J'allais quitter le Red Tiger, prétextant un quelconque rendez-vous professionnel afin de mettre un terme à cette discussion sans fin, quand une question me revint en tète.
-« Je dois te laisser Paterson. Mais au fait, je ne t'ai pas demandé, sur quoi travailles-tu en ce moment ? Toujours en train d'enquêter sur ce réseau de prostitution en Roumanie ? »
-« Plus maintenant. Mais je suis sur un dossier explosif. Je ne peux pas en parler pour l'instant, mais tu peux en être sur, des tètes vont tomber ! »
Récupérant ma veste, je partis du bar un sourire en coin, m'imaginant de potentielles cibles du héros Paterson : de quelconques tyrans locaux opprimant leur peuple et qui n'auraient jamais rien à craindre d'un petit scribouillard dans son genre.
J'étais loin du compte.
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Quand le réveil sonna ce jour-là, je savais que la journée n'allait pas être facile.
Fatigue, maux de tète, crampes à l'estomac, et tout ce qui va de pair avec une bonne vieille gueule de bois.
Le soleil s'était levé avant moi. Ses rayons se répercutaient sur ma baie vitrée et semblaient m'en vouloir personnellement.
Je me levai du lit, étourdi par la chaleur, et essayai tant bien que mal d'atteindre la salle de bains.
Lorsque le miroir me fit face, je me dis que le temps - mais aussi l'alcool - ne m'avaient pas fait de cadeaux.
Les traits tirés, le regard terne, les joues creusées : ce cher Bruce n'avait certes plus l'allure de ses vingt ans, mais les abus en tous genres finissaient de l'achever en beauté.
J'avais les cheveux en bataille, de telle sorte que je pouvais contempler à loisir mes mèches blanches luttant fermement pour se faire une place au soleil.
C'est que ma dernière permanente remontait à plusieurs mois, et je n'avais plus fait de couleur depuis un bon moment déjà.
En résumé, le grand Bruce Dickins n'était plus que l'ombre de lui-même. Un héros local au look de saltimbanque.
Bien sur, j'allais arranger tout cela en une heure tout au plus, là ou quelques minutes auraient suffi il y a quelques années.
J'allai prendre rendez-vous chez le coiffeur, récupérer mon costume au pressing, et reprendre l'apparence de Bruce le vaillant reporter.
Mais à l'intérieur, je me sentais usé.
Le Bruce que je présentais au monde n'était plus le Bruce qui se terrait au fin fond de mon esprit.
Seulement voilà, dans ce métier, seules les apparences comptent.
Ma présentation générale comme mes articles de fonds.
Le contenant comme le contenu.
Et je regrettai déjà d'avoir participé à cette soirée VIP en l'honneur de ce créateur de mode,
un foutu connard dont j'avais oublié le nom et dont le principal mérite était de vendre des fringues hors de prix portées par des mineures anorexiques à de vieilles bourgeoises pétées de tune.
Je ne m'étais pas gêné, sous couvert d'un reportage people, pour aller dévaliser le buffet et me faire quelques rails de coke au milieu de mannequins biens sous tous rapports.
J'avais fini le pantalon baissé, couvert de gerbe, au milieu de ce qui semblait être une partouze improvisée dans une backroom de l'hôtel.
Et me voilà dans mon lit puis dans ma salle de bains, dieu seul sait comment, à contempler mon triste visage marqué par les excès de la veille.
Il y a un temps pour tout Bruce.
Et pour l'heure, je me dis qu'il est temps de m'occuper de cette affaire qui va certainement me prendre la journée.
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-« Terrence ! Terrence !! Bon sang, tu m'écoutes petit con ? »
La circulation était dense et bruyante.
J'étais coincé dans un satané bouchon qui n'en finissait plus, et pour couronner le tout,
le chauffeur du taxi suait à grosses gouttes et sentait le chacal.
Son petit sapin vert accroché au rétroviseur n'y changeait rien, et j'étais condamné à subir klaxons, gaz d'échappement et odeurs corporelles sans rien pouvoir faire.
Autrement dit, la perte totale de contrôle.
Ce fameux moment ou vous savez que quoi que vous fassiez, vous ne pourrez empêcher les événements de se dérouler sans vous.
Une seule alternative : appeler ce petit branleur à la rescousse et lui demander de commencer l'interview sans moi.
-« Allô ?! Allô !! Terrence !! Bordel de m… »
Pour couronner le tout, mon portable capte mal, et voilà que l'odorant chauffeur se met en tète de me faire la discussion, à grands renforts de postillons ciblés sur mon costard tout juste sorti du pressing :
-« Fichue journée hein ? »
C'était prévu mon gars. Mauvais karma pour moi aujourd'hui.
-« Bruce ? C'est vous Bruce ? »
Enfin! J'entends le gamin au bout du fil et décide de tout lui dire d'une traite, au cas ou mon signal me laisserait tomber.
-« Oui c'est moi. Ecoutes bien ptit gars, car je ne le répéterai pas deux fois :
J'ai un rendez-vous prévu à 17h30 place de l'Opera avec M. Bayers, puis un autre rendez-vous à 18h15 place d'Italie.
Tu vas aller voir le premier à ma place, et tu me rejoins au Red Tiger vers 19h afin de recouper nos infos… Pigé ? »
-« Pigé Bruce…17h30…Place de l'Opéra…Mr Bay… »
-« Ouais, ouais, c'est ça, et une dernière chose : à l'avenir appelles moi monsieur Dickins, on a pas élevé les poules ensemble… » Et je raccroche.
-« Connard… »
-« Pardon monsieur ? »
Le chauffeur tourne la tète, et son haleine fétide me rappelle l'urgence de la situation :
Je dois me débrouiller pour être à l'heure au second rendez-vous mais surtout, quitter le plus vite possible ce véhicule empoisonné.
-« Rien, ce n'est pas à vous que je parlais… »
-« Ah, parce que j'ai cru que vous m'aviez dit… »
Oublions les préliminaires. Ce type commençait sérieusement à me taper sur le système.
-« Ecoutez, je vous paie pour conduire, pas pour causer. Amenez-moi à bon port le plus vite possible et vous aurez un bonus. »
Voilà. Je venais de prononcer la formule magique.
Celle capable de transformer un homme sain d'esprit en un pauvre type irresponsable.
Je pourrais vous faire une thèse sur le sujet, mais j'imagine que vous le savez déjà :
Tout s'achète et tout se vend.
Les meubles, les immeubles, mais aussi les gens.
Il n'y a que les sentiments qui ne soient pas monnayables et encore, je suis sur que certains sont capables d'aimer quand on les couvre d'or.
A dire vrai, je ne compte même plus le nombre de situations que j'ai pu observé et dans lesquelles l'argent a détruit toute notion d'amour : Familles éclatées à cause d'un héritage, maris assassinés pour toucher l'assurance, amis trahis pour garder la cagnotte du Loto…
Rien de bien reluisant et pourtant, c'est mon quotidien, et peut-être même le votre.
Et quand je tends la liasse de billets vers le chauffeur aux joues écarlates, ses yeux s'illuminent, et la mémoire lui revient soudain à propos d'un raccourci vers ma destination.
Bien sur, il s'agit de prendre un sens interdit et de griller quelques feux rouges mais qu'importe, la prime espérée vaut bien quelques risques supplémentaires…
Le type enclenche la marche arrière, fait demi-tour, et nous voilà embarqués pour une virée folle dans les rues de la capitale.
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Il faut un responsable.
Il faut toujours un responsable.
Quels que soient les enjeux, économiques comme politiques, ou tout simplement pour une question d'ordre moral, il faut que quelqu'un soit désigné comme coupable.
Une cible unique. Un bouc émissaire s'il le faut.
L'opinion publique ne peut se satisfaire d'une enquête laborieuse, d'une multiplicité d'acteurs impliqués à différents niveaux.
Il faut simplifier la tache au lecteur moyen. Lui désigner une personne qui sera à ses yeux la seule coupable des faits incriminés.
Et tant pis si cet individu n'est que partiellement responsable, voire même pas du tout.
Il en faut un. Il en faut toujours un.
De préférence une personne de type mâle, d'un certain âge, si possible d'origine française :
Les enfants, ce n'est pas crédible et de toute façon, ils ne seront jamais traduits en justice.
Quant aux étrangers, on touche à un sujet sensible voire à un terrain miné : vous n'aurez pas fini de rédiger votre article que vous aurez déjà SOS Racisme sur le dos.
Pareil pour les handicapés, les autistes, les homosexuels, bref toutes ces minorités qu'il vaut mieux protéger plutôt qu'exposer.
Les gens aiment avoir bonne conscience.
Même s'ils ne partagent pas vos idées, il faut leur faire croire qu'ils ont raison.
Que vos valeurs sont les leurs, et inversement. Et vous verrez que même le plus fervent des catholiques, qui n'a néanmoins jamais donné un sou à la quête paroissiale, se réjouira de votre article dithyrambique sur la construction d'une nouvelle Eglise… tout en sachant que votre unique et seule religion se borne à croire en vous-même.
Tout est une question de moralité, tout du moins celle de l'époque.
Les mœurs changent, et le journaliste se doit de composer avec.
Peu importe ses convictions ou ses opinions personnelles.
Il faut que le lecteur se sente rassuré. Et si la majorité des gens considèrent le racisme, la misogynie ou encore l'homophobie comme une tare, alors condamnez-les vous aussi.
Mais dans le cas contraire eh bien… se taire ou se résigner, voilà les deux seules options qui s'offrent à vous si vous voulez continuer à exercer votre métier, voire dans certains pays,
si vous voulez que votre vie continue tout court.
On me parle de liberté d'expression, et je vous répondrai liberté de plaire au courant intellectuel dominant.
Tout est question d'équilibre.
Savoir quelle est la limite susceptible d'être franchie…ou pas.
Et dans le cas présent, je me préparais à la sauter à pieds joints tant l'occasion était belle.
Quoi qu'il en dise, j'allai affubler ce chef d'entreprise de toutes les tares imaginables afin de rendre un article saignant et rempli de préjugés que les gens aiment tant.
Ca, c'était dans l'hypothèse ou le type serait là…
-« 18h45… Ce fumier m'a posé un lapin ! »
Déjà une demi-heure que je tournais en rond place d'Italie, et mes nerfs commençaient à me lâcher : j'avais du me délester d'un pourboire plus qu'alléchant pour pouvoir être à l'heure,
et mon contact n'était tout simplement pas venu.
J'allai allumer ma troisième cigarette en vingt minutes quand soudain, je sentis une vibration dans la poche intérieure droite de mon veston.
Mon téléphone. J'avais un message.
J'écoutai le répondeur, et ma rage ne fit qu'accroître : l'incapacité manifeste de mon opérateur téléphonique à remplir ses engagements m'avait empêché d'obtenir cette information.
Mon contact disait qu'il ne pourrait pas être présent ce soir mais hélas, mon fichu portable n'avait pas pris la peine de sonner ni même de me signaler le message en temps voulu.
Fichue journée disait le gros puant. Et il avait raison.
Je décidai d'aller noyer mon chagrin dans l'alcool au Red Tiger puisque de toute évidence, c'était là ma dernière option.
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Le ciel était noir et menaçant.
Tout comme l'était mon âme.
Je remis ma chemise dans mon pantalon, l'air de rien, et tentais maladroitement de rabattre mes cheveux vers l'arrière.
De grosses gouttes de sueur perlaient sur mon front, et nul doute qu'un témoin de la scène aurait vite compris que quelque chose ne tournait pas rond.
Je n'avais pas de miroir à disposition, mais je me doutais bien que mon apparence n'était pas celle des meilleurs jours.
Le visage défait, anéanti, plombé par la colère et l'amertume.
Le visage d'un homme qui vient de commettre un crime.
Il fallait que je reprenne mes esprits. Que je quitte les lieux au plus vite.
Ne pas laisser une trace de mon passage, ici ou ailleurs.
Je sortis mon mouchoir et essuyais méticuleusement les empreintes sur la rambarde.
Puis je quittai le pont à grandes enjambées, tout en sachant que je ne devais pas courir.
L'objectif était simple : faire profil bas et ne plus se faire remarquer, jusqu'à ce que j'ai regagné mon logis.
Dit comme ça, cela avait l'air enfantin, mais je priais le ciel pour ne pas tomber sur un fan de la première heure, un de ces lecteurs assidus qui vénère les célébrités locales et en particulier les journalistes sans scrupules comme moi.
Si j'en avais à ce moment-là ? Difficile à dire, tant la panique prenait le pas sur la raison.
Ce n'est qu'en arrivant chez moi, la tète baissée et le souffle rapide, que mon cœur reprit peu à peu son rythme normal, et que mon esprit refit timidement surface.
La situation était claire : Je n'avais rien à voir avec cela, et je n'avais jamais mis les pieds là-bas. Cela resterait ma version des faits si d'aventure l'on me posait la question.
Sur ce, je me servis un scotch bien tassé avant de m'étaler confortablement dans mon canapé en cuir. Mon cerveau se remettait lentement en marche, et je commençai à envisager le coté pratique de la chose :
Puisque je n'étais pas l'auteur de ce crime, je pouvais toujours couvrir le sujet, et récupérer à mon compte cette "nouvelle" dont j'étais l'auteur.
Je serais le premier sur l'affaire, et cette enflure de Carlson serait certainement ravi à l'idée de me voir revenir avec un sujet aussi palpitant.
Après tout, je n'avais jusqu'ici "crée" l'information qu'avec des mots. Il ne manquait plus qu'à la créer avec des faits, et la boucle était bouclée.
Cela soulevait certes un sérieux problème d'éthique, sans doute le plus important et le plus grave en matière de journalisme, mais Carlson n'avait-il pas lui même dit un jour :
« L'éthique est au journaliste ce que le papier - toilettes est à l'homme: je vous laisse faire le lien… »
Et c'est ainsi que je finis par m'endormir à la lueur d'un splendide croissant de lune, rêvant déjà à la Une du quotidien signée de mon nom, et annonçant à grands renforts de condoléances plus ou moins sincères, le décès accidentel de notre cher et estimé collègue, l'illustre Pete Paterson.
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Quand j'ouvre les yeux, mes rêves de gloire ont disparu.
Mes rêves tout courts d'ailleurs.
Cette journée s'annonce pire que la précédente et pour cause, je ne suis plus seul dans ma chambre.
J'ai encore ces images dans ma tète, cette vision irréelle d'une célébrité sans cesse désirée et parfois acquise à coups de mensonges et de trahisons.
L'argent. Le sexe. Le pouvoir.
Dans l'ordre que vous voulez.
Ce sont là les trois fondamentaux, les trois critères qui font que l'homme pense avoir réussi sa vie ou non.
Bien sur il s'agit là d'une vision générale. Certains vous diront qu'ils n'ont pas besoin d'argent pour être heureux, ou que le pouvoir leur fait peur.
Ca n'est pas mon cas.
Mon seul but, dans ma "modeste" mais brillante carrière de journaliste, était d'atteindre le firmament, de vivre ma vie à 100% sans me soucier des dommages collatéraux.
L'égocentrisme comme mode de pensée unique.
La réussite personnelle comme mode de vie.
Et je revois tous ces grands moments de l'existence, ceux-là même ou la fierté procurée par votre travail acharné et vos sens affûtés ont fait de vous celui que vous êtes.
La star des médias, l'aimant à femmes, le type qui vous regarde de haut parce qu'il pense être meilleur que vous.
Est-ce le cas aujourd'hui ? Est-ce que ce fut le cas un jour ?
Ca n'est pas important.
Ce qui compte, c'est mon avis personnel sur l'individu que je suis, la façon dont je me considère et dont j'appréhende mon reflet dans le miroir.
Jusqu'ici je n'étais qu'un menteur, un escroc, un arriviste sans la moindre déontologie professionnelle, mais aujourd'hui je suis un assassin.
C'est en tout cas ce que porte à croire la situation présente, à savoir qu'un homme penché au dessus de mon lit m'ordonne de me lever et de passer les mains derrière le dos.
Il est accompagné de plusieurs collègues chacun vêtu d'un uniforme bleu foncé et d'un képi enfoncé sur la tète.
Je peux garder le silence à ce qu'il paraît, mais je n'ai tout de façon pas l'intention de rajouter quoi que ce soit.
Et pendant qu'ils me traînent hors de ma maison et m'embarquent dans leur fourgon à vitres blindées, j'essaie de me souvenir de cette fameuse nuit ou tout a basculé, de cet événement qui s'est produit il y a seulement quelques heures et qui risque de déterminer, de façon assez dramatique, mon sort pour plusieurs dizaines d'années.
J'étais présent au Red Tiger ce soir-là, essayant tant que bien mal d'oublier ce fichu contretemps qui m'avait coûté une après-midi de travail.
J'avais comme d'habitude commandé un mojito que je sirotais tranquillement dans mon coin préféré, une petite table retirée dans un coin sombre du bar, mais suffisamment proche pour pouvoir profiter de l'ambiance musicale et des courbes de la serveuse.
Et quand je dis sombre, le terme était particulièrement bien choisi ce soir-là : la lampe près de ma table était cassée, ce qui fait que j'étais quasiment dans le noir !
Mais j'étais trop déprimé pour songer à me déplacer et je restai donc là, tapi dans l'ombre,
à regarder les gens et à tendre l'oreille histoire d'avoir un peu de distraction.
Cette vilaine habitude qu'ont les gens d'écouter les conversations des autres était pour moi un mélangé de curiosité mais aussi de déformation professionnelle.
Et voilà que ce soir-là, cette habitude allait me coûter cher.
J'aurais reconnu cette voix entre mille mais je voulus quand même confirmer de visu en me penchant de quelques centimètres vers la gauche, et effectivement c'était bien lui :
Pete Paterson était accoudé à la table voisine en compagnie d'un autre homme et il ne m'avait visiblement pas remarqué.
Tout ce dont je me souviens dans ce flot de paroles ininterrompues, c'est l'évocation de mon nom suivi de termes peu élogieux…
-« Et sur cet enfoiré de Dickins alors ? Ca avance ? »
-« Oh que oui, fit Paterson, le temps de mettre tout ça par écrit, et je vais délivrer de ce pas à mon journal une vraie petite bombe ! »
-« Qu'est-ce que tu as sur lui ? »
-« Pas mal de choses, le dossier est assez lourd… j'ai notamment les preuves d'interviews trafiquées, de faux témoignages mais aussi de délits d'initiés et autres malversations susceptibles de l'envoyer directement devant le juge pénal. »
-« …Sans parler de son éviction définitive du monde journalistique ! répondit l'autre homme d'un air satisfait. Tu imagines les gros titres ? Bruce Dickins le reporter déchu…ou bien encore… »
-« C'est bon c'est bon, fit Paterson, nous aurons l'embarras du choix, et crois-moi je ne vais pas le louper ! Sur ce je te laisse, j'ai un article à finir ! »
Et c'est ainsi que Paterson quittait le Red Tiger et que je lui emboîtais le pas sans même réfléchir, tant la colère m'avait rendu fou et totalement inconscient…
A peine sorti du bar, j'avais suivi Paterson jusqu'à ce fameux pont qui allait sceller nos destins.
La fraîcheur de la nuit avait quelque peu calmé mes ardeurs, mais je continuais à me dire que j'allais faire passer un mauvais quart d'heure à ce sale type.
Lui qui se vantait de vouloir rendre le monde meilleur, n'hésitait pas à trahir son soi-disant "collègue" contre un scoop bien peu reluisant mais sans doute lucratif.
Je ne pourrais pas dire que j'appréciais Paterson, mais jusqu'ici je ne le détestais pas. Pas assez du moins pour enfreindre l'unique règle sacrée que je m'étais imposée : ne pas trahir les gens de confiance à savoir amis, famille, et collègues de travail.
J'étais peut-être un salaud de première, mais je ne pouvais tolérer un tel acte, aussi légitime soit-il.
Je tentais de maîtriser ma colère et décidais d'interpeller ce judas :
-« Belle nuit n'est-ce pas Pete ? Où cours-tu donc aussi vite ? Un article à terminer ? »
Paterson s'arrêta instantanément, puis se retourna vers moi. Ses yeux de vipère brillaient dans le noir, et je crus déceler un sourire moqueur qui en disait long sur l'estime qu'il avait pour moi.
-« Tiens tiens, Dickins… tu espionnes tes petits camarades maintenant ? Remarques, cela ne m'étonne guère de toi ! »
-« Je ne peux en dire autant à ton sujet…Comment as-tu pu Pete ??
Tu crois être blanc comme neige peut-être ? »
-« Tes menaces ne prennent pas Bruce… Et je serais tenté de te répondre qu'il n'y a rien de personnel mais à vrai dire, ce n'est pas le cas… »
La clé du mystère était donc là. Qu'avais-je bien pu faire à ce vieux Pete pour qu'il monte un tel dossier contre moi ??
-« Oh, tu as du oublier depuis… Elle s'appelait Sarah. J'étais fou d'elle à l'époque…
Et lorsque j'étais sur le point de conclure, tu es arrivé avec tes grands sabots et ton sourire de star au rabais. Tu lui as fait des promesses que tu n'as jamais tenu et depuis je ne l'ai jamais rev… »
-« Attends… je rêve !! Tu veux détruire ma carrière à cause d'une simple histoire de cul ?
Je m'en souviens de ta Sarah, et pour ton information, elle était loin d'être un bon coup !!
Très franchement tu n'as rien raté !! »
A peine avais-je terminé ma phrase que déjà, Pete avait perdu son sourire et s'était dangereusement rapproché de moi. Il me poussa contre la rambarde et me saisit violemment par le col :
-« Pauvre imbécile… tu ne comprends pas ! Les sentiments ne signifient donc rien pour toi ? Tu m'as volé la femme que j'aimais et tu l'as trahie ! Tout ça pour quoi, quelques minutes de plaisir volées ? »
Quelle tristesse… le vaillant Pete n'était pas seulement un con, c'était un con romantique.
De son adolescence, il n'avait pas seulement gardé son idéalisme outrancier mais aussi cette touchante naïveté qui devenait franchement navrante la trentaine passée.
-« D'accord vieux, excuses-moi, tentais-je de le raisonner, je n'avais pas saisi l'importance qu'elle avait pour toi. Mais est-ce une raison suffisante pour ruiner ainsi ma vie ? »
-« Ruiner ta vie ? Ruiner ta vie ? » s'énerva-t-il de plus belle. Et sur ce, il me saisit par les épaules et commença a me repousser au dessus de la rambarde.
-« Combien de vies as tu ruinées avec tes articles mensongers ? As tu seulement pensé à tous ces gens que tu trompes, à toutes ces informations tronquées, déformées, à cette image de la société qui ne reflète que ton esprit malade ? »
-« Je ne donne aux gens que ce qu'ils veulent voir et tu le sais très bien… »
Pete ne décolérait pas. Moi qui étais parti pour lui refaire le portrait, j'étais à présent dans une fâcheuse posture. Mes épaules étaient suspendues au dessus du vide et mes pieds n'allaient certainement pas tarder à les rejoindre si je ne faisais rien pour les en empêcher…
-« Ah oui , et bien dans ce cas-là, cria Pete d'une voix qui me fit froid dans le dos, je vais en faire de même !!! »
Joignant le geste à la parole, Paterson commença à me faire basculer du pont et je compris dès lors que ma vie ne tenait qu'à un fil…
-« Arrêtes ! Pas ça !! Pas comme ça !! »
J'étais terrifié. Et tandis que je poussais des hurlements qui provenaient du tréfonds des mes entrailles, mes mains tentaient désespérément de se raccrocher à Pete, cet espèce de tordu qui était manifestement en train d'essayer de me tuer…
Finalement, je parvins dans un dernier élan à saisir son écharpe et à retrouver un début d'équilibre sur la rambarde. Je tirais d'un coup sec pour le déstabiliser mais hélas, ce qui devait arriver arriva…
Pete trébucha et ce fut finalement lui qui se retrouva propulsé hors du pont, plus précisément trente mètres plus bas, dans ce qui aurait du être un courant d'eau mais qui n'était plus qu'un immense terrain vague…
Je le regardais tomber, immobile, sans voix. C'était terminé.
L'instant d'après, je me surpris à regarder le ciel, comme si rien de tout cela ne s'était passé.
Il était noir et menaçant.
Tout comme l'était mon âme.
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Comment était-ce possible ?
Comment avaient-ils pu découvrir la vérité aussi vite ?
Je ne pouvais m'empêcher de croire que j'avais raté un détail dans cette foutue affaire :
Quand bien même les soupçons se seraient portés sur ma personne à cause du dossier que Pete montait sur moi, comment ces flics avaient-ils pu établir ma culpabilité en si peu de temps ?
Ces enfoirés m'avaient enfermé dans une petite cellule sale et nauséabonde, dont l'odeur me rappelait vaguement un certain chauffeur de taxi. C'était certes inconfortable sur le moment, mais j'aurais donné n'importe quoi à l'heure actuelle pour être à ses cotés, et lui demander de quitter la ville à toute vitesse…
Et tandis que je me creusais les méninges, que je sondais mon esprit à la recherche d'une quelconque explication plausible et cohérente, un policier vint me voir et me lança un objet à travers les barreaux. Un objet que je reconnus tout de suite…
Et qui allait me livrer la solution plus tôt que prévu.
-« Tiens la star, ca te fera de la lecture, fit l'homme à travers les barreaux. J'espère que ca te fait plaisir d'être sur le devant de la scène ! »
Et ce faisant il quitta la pièce, me laissant découvrir avec stupeur l'objet de ses sarcasmes…
C'était l'édition du jour, titrée comme suit : "Un journaliste corrompu tue de sang froid un célèbre reporter international."
Tous les détails y figuraient, mis à part le fait que c'était Pete qui avait à la base tenté de mettre fin à mes jours……
De notre "rencontre" au bar jusqu'au fameux vol plané, toute la scène était racontée dans les moindres détails. Il y était dit que Pete voulait dévoiler des informations confidentielles me concernant et que, fou de rage, je n'avais pas hésité une seconde et l'avais lâchement assassiné en le jetant du pont près du Red Tiger…
Il y avait même une photo, certes un peu floue, ou l'on nous voyait de loin nous débattre sur les lieux du crime ! Ca n'était donc pas un simple témoignage mais carrément une preuve matérielle !!
Et de toute évidence, ma fuite prouverait ma culpabilité…du moins aux yeux du juge et de l'opinion publique…
Je ne fus guère surpris quand je lus le nom de l'auteur de ce pamphlet, cet individu qui allait me conduire à ma perte parce que je l'avais copieusement ignoré, ce soir-là comme tout le reste de son existence.
Il avait fini par retenir les leçons que je lui avais malgré moi inculquées, à savoir la patience, la discrétion mais surtout la mauvaise foi…
Et pendant que je regardai le soleil à travers les barreaux de ma cellule, je m'imaginais ce petit salopard en train de prendre ma place, une place dont il avait sans doute toujours rêvé…
Bien joué Terrence.
Sur ce coup-là tu m'as eu en beauté…
FIN
Et bien ça fait un moment que j'attendais une nouvelle histoire et je suis contente d'avoir attendu !!!