Créer un blog Présentation

Nom du blog :
mauvaisesnouvelles
Description du blog :
Bonjour et bienvenue sur mon nouveau blog littéraire. Je vais continuer ici ma série de nouvelles qui, je l espere, vous plairont. N'hesitez pas à ecouter les petits intermedes musicaux proposés en fin d'articles. Oubliez votre télévision un moment, fermez la porte à double tour, et entrez donc dans le monde de ces personnages qui peuplent ces mauvaises nouvelles. Bonne lecture. Travis
Description audio !

Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
01.04.2008
Dernière mise à jour :
25.06.2008
RSS

Rubriques

>> Toutes les catégories <<
· Message (0)
· Nouvelle (31)

Navigation

Accueil
Livre d'or mauvaisesnouvelles
Créer un blog
Contactez-moi !
Faites passer mon Blog !
Mes blogs et sites préférés

Billets les plus lus

· Superstar
· Avant qu'il ne soit trop tard
· Dancefloor
· Kids
· Insomnie

Statistiques



Ajoutez aux favoris 20 derniers commentaires

ahhhhhhh!!!!
25.06.2008
J'ai beaucoup aimé !!!
27.05.2008
C'est vraiment bon
16.04.2008
RSS

Blogs à découvrir :

· parolimage
· bloghardi
· histoirescourtes
· lesromansdelara
· cahierscotentin
· lesableausablier
· arcaneslyriques
· ndahfranc
· henridarbes
· coquelicot2007

Avant qu'il ne soit trop tard

Avant qu'il ne soit trop tard

Posté le 01.04.2008 par mauvaisesnouvelles
- « Avant qu’il ne soit trop tard… Je dois t’avouer quelque chose… »
Voilà. Nous y étions.
Plus moyen de se voiler la face.
Plus moyen de se dérober.
- « Ne dis pas ça… Les docteurs t’ont conseillé de…
- Je me fiche de ce qu’ils ont dit ! Ils savent très bien comment tout cela va se terminer.
Je le sais très bien moi aussi. Il n’y a plus que toi qui ne veuille accepter la réalité… »
La réalité…Quelle réalité ? Celle que je crois vivre depuis des années ?
Celle que je m’efforce de condamner, à grands renforts de pilules qui rendent joyeux.
Je ne sais plus si je veux être confronté à la réalité. J’y ai si souvent échappé.
Passé un moment, passé certaines limites, qu’est ce que la réalité ?
Est-ce celle que la plupart des gens considèrent comme telle, ou bien est-ce celle qui occupe la majeure partie de votre vie… Je ne saurais dire.
- « Je ne veux pas que tu t’en ailles… Je n’ai plus que toi…
- Je sais… C’est ce dont je dois te parler. »
Je m’en doutais tu sais. Je m’en doutais, « maman ».
Nous n’avons pas eu que des jours heureux.
Nous n’avons pas eu beaucoup de jours tout court.
J’ai cru que j’allais m’y faire. Mais le temps passe.
Les questions restent.
- « Je t’écoute…
- Ta vraie mère… ta mère biologique… Elle s’appelle Karen.
Karen Swanson. Elle vit ici, dans cette ville.
Je sais que nous n’avons jamais abordé le sujet. Je sais aussi que tu as toujours su.
J’aurais aimé pouvoir t’en parler davantage, mais… »
Je sais. Les heures, peut-être même les minutes sont comptées à présent.
Alors on va droit à l’essentiel. C’est ainsi que j’ai tenté de mener ma vie jusqu’ici.
Foncer. Aller tout droit. Ne jamais se retourner, ne jamais se poser de questions.
Mais voilà, 25 années se sont écoulées depuis qu’une femme a accouché de moi et m’a abandonnée.
25 années qui m’ont donné le temps de réfléchir, d’enterrer des milliers de questions qui aujourd’hui refont surface.
Et je pense avoir besoin de réponses. Au moins l’une d’entre elles.
Pour continuer à avancer.
Parcourir ce foutu chemin de la vie.
- « Je te remercie, « maman ». Tu en as déjà beaucoup fait pour moi. »
C’était déjà ça de pris. Au moins quelqu’un qui se souciait de ma vie.
De qui j’étais, ce que je faisais, vous savez, les trucs banals.
Les raisons d’être par exemple.
Et sinon ?
Sinon, vous êtes entourés d’un vaste réseau plus ou moins étendu, de ce que l’on peut appeler des amis, des collègues, des connaissances.
Autant de gens sur lesquels l’on croit pouvoir compter un jour.
Le temps file, et les illusions avec. Ceux qui auraient du être présents ne le sont pas.
J’étais seul ce jour-là à veiller ma « maman », à accompagner ses derniers instants.
Son cancer allait l’emporter et laisser ce petit connard de 25 balais seul au monde.

Un petit conseil en passant.

N’attendez rien des gens.
Ils vous le rendront bien.



Avant qu’il ne soit trop tard



Je quittai ce sinistre mouroir aux murs blancs que d’aucuns appelaient « hôpital ».
Je n’avais rien contre ceci dit, il parait que beaucoup ressortent en meilleur état qu’ils n’y sont rentrés.
Mais cet endroit me filait la nausée. Je n’y avais que des mauvais souvenirs.
Contusions. Plaies. Hémorragies. Et aujourd’hui, cancer en phase terminale
Je quittai ces lieux le cœur lourd, car nous y étions rentrés ensemble, et elle n’en sortirait plus jamais.
Un chapitre de ma vie venait d’être clos, mais je crois que je ne réalisais pas encore très bien.
C’est étrange en un sens.
On se surprend parfois à verser une larme devant un film au cinéma ou bien n’importe quelle série télévisée à la con.
Une romance condamnée, une mort violente ou un suicide passionnel.
Autant de drames qui vous clouent au fauteuil et vous titillent les glandes lacrymales.
Autant de destins brisés qui vous renvoient à vos propres craintes et vos pires cauchemars.
Mais voila, quand cela arrive dans la vie réelle, tout est différent.
Il n’y a plus de flash-back, plus de caméra plongeante.
Plus de violons, ni de musique larmoyante.
Non, il n’y a plus que la sinistre réalité.
Vous perdez un être cher, et vous vous surprenez à ne pas pleurer.
Quelle sorte d’être humain suis-je donc pour m’émouvoir devant un drame joué par des comédiens qui simulent la vraie vie, quand la vraie vie ne me touche même plus ?
Ce n’est que plus tard que j’ai compris.
L’effet n’est pas le même.
Vous aurez tôt fait d’oublier ce film qui vous a foutu le cafard. Tout au plus une heure ou deux après la projection.
Mais dans la vie réelle, c’est bel et bien différent : vous ne comprenez pas tout de suite ce qui vient de se passer.
Le cerveau a bien enregistré l’information, certes. Mais le cœur n’a pas encore été touché.
Et quand l’information est transmise, c’est là que ça fait vraiment mal.
Des jours, des semaines, des mois plus tard, vous sentez la blessure en vous.
Vous savez qu’elle est présente, et qu’elle ne guérira pas avec du Mercurochrome.
Pas même avec des anxiolytiques ou n’importe quelle drogue un peu plus puissante.
Non, cette blessure va rester et faire partie intégrante de votre être, jusqu’à la fin de votre vie.
On peut parfois la dissimuler, peut-être même l’oublier un certain temps, mais elle ressurgit toujours dans les pires moments.
Vous ne pouvez pas éteindre la télévision. Car il s’agit là du film de votre vie.
Et la mienne ressemble de plus en plus à un mauvais film de série B.
Putain, qu’ai-je donc fait pour mériter ça ?

Je désirai maintenant revenir à la source de tout cela. De mon existence.
Qui donc était ma mère, et pourquoi elle n’avait pas voulu de moi.
Peut-être que sa réponse m’aiderait à y voir un peu plus clair, à savoir enfin qui j’étais réellement.
Je ne connaissais même pas mon prénom. Ma mère adoptive m’avait baptisé Sean, en hommage à son acteur préféré.
Mais mes amis me surnommaient « Sick boy », comme le personnage dans Trainspotting.
A part la couleur des cheveux, il est vrai que je correspondais assez au personnage.
Le branleur je-m-en-foutiste dans toute sa splendeur.
J’allais de petits boulots de merde en entretiens d’embauche ratés, de squats chez des amis à des retours inopinés chez ma « mère ».
Pas de sens profond dans ma vie.
J’avais pourtant regardé « Le Sens de la vie » des Monthy Python plusieurs fois, mais je n’y avais pas trouvé la réponse.
La question est : vais-je encore déblatérer un parfait tissu de conneries ou tenter de philosopher vainement sur le sens de mon existence.
Je dirais que nous ne sommes pas là pour ca.
Je dirais qu’il est temps d’aller faire un saut au bar-tabac le plus proche.

- « Sick Boy ! Comment va ta mère vieux ? »
Fallait forcément que quelqu’un mette les pieds dans le plat aujourd’hui.
Et fallait forcément que ça tombe sur ce gros niais.
- « Pas terrible, elle est morte. »
Comment casser l’ambiance en 10 leçons par Sean l’anonyme.

Pendant que Thierry se confondait en excuses et que je faisais semblant de l’écouter,
je remarquai la présence d’une charmante jeune fille dont le visage m’était familier.
J’essayai de me rappeler ou je l’avais vue, quand le tenancier m’interpella.
- Désolé pour ta mère Sick Boy… un Marlboro comme d’habitude ?
- Comme d’habitude dude…
J’allais m’asseoir sans quitter la demoiselle des yeux, tout en allumant ma première clope depuis cinq minutes.
On ne peut pas dire que ma consommation était très raisonnable ces temps-ci.
A ce train-là, je rejoindrais ma « mère » d’ici 4 ou 5 ans si je continuais à enchaîner les clopes de cette façon.
Là était tout le dilemme : un drame, un coup du sort, et la première chose qui vient à l’esprit d’un fumeur, c’est d’allumer une cigarette.
Un accélérateur de cancer comme disent les amoureux da la vie.
Et dès que vous en grillez une, vous vous sentez encore plus déprimé qu’avant : vous êtes entourés de regards inquisiteurs qui ne sont pas décidés à laisser votre conscience tranquille.
Tous ces heureux non-fumeurs qui pensent qu’on arrête la clope comme on arrête le chocolat.
A propos du chocolat, une anecdote amusante : saviez-vous que sa consommation entraîne une nette production d’endorphines, qui donneraient la sensation d’être amoureux ?
Je m’étais souvent posé la question de savoir pourquoi les mecs qui veulent tirer leur coup offraient du chocolat : c’est pourtant clair, c’est une drogue bien moins chère que le GHB et qui plus est, parfaitement légale…
Fin de la parenthèse.
Je fumais donc ma 30e clope de la journée, et je repensai à tous ces ignorants qui font la morale à longueur de journée aux drogués que nous sommes.
Ont-ils une simple idée de la dépendance que cela entraîne ? A vrai dire, ça m’étonnerait.
Ils pensent que c’est une simple question de « volonté » : Dans ce cas j’ai envie de dire aux gros d’arrêter de manger, aux vieux d’arrêter de faire leurs courses aux heures de pointe.
Amusez-vous à faire ce genre de remarques.
Amusez-vous à critiquer une femme sur son poids, amusez-vous à balancer sur les vieux qui refusent de mourir et coûtent une fortune à la Sécurité sociale.
Observez les réactions.
Vous êtes un salaud, un immoral profond.
Qui plus est, si vous fumez.

Trêve de digressions.
La mémoire m’était revenue comme une érection devant un film de Clara Morgane.
La jeune fille assise au fond de la salle n’était autre que la copine du dealer que j’étais allé voir il y a 15 jours. Enfin une heureuse coïncidence dans cette foutue journée de merde.
- « Salut, je m’appelle Sean et je connais ton mec, Dunstan.
J’imagine que t’es pas censée avoir de la marchandise sur toi, mais j’ai comme qui dirait un besoin press…
- Coke ? Héro ? Exta ? »
J’aimais les filles directes. Inutile de perdre son temps en bavardages inutiles.
La demoiselle m’entraîna dans une impasse à quelques rues d’ici, et me donna une douzaine de pilules d’ecstasy en échange de quelques billets couleur saumon.
- « A ta santé bonhomme !
- Merci princesse… »
Je ne tardai pas à gober ma première pilule. Aujourd’hui plus que n’importe quel jour, j’avais vraiment besoin d’être perché. Redécouvrir les joies de l’exta. Ce putain d’euphorisant qui parvenait pour un temps à calmer mes angoisses les plus violentes.
Les effets n’allaient pas tarder à faire leur apparition. 30 minutes après ingestion, on se sent comme sur un petit nuage.
Mais laissez-moi vous expliquer comment cela fonctionne : l'ecstasy augmente la présence de sérotonine dans les synapses.
La sérotonine se trouve dans le cerveau, et joue un rôle important dans les changements d'état émotionnel.
Voila, vous avez tout saisi je pense.
La drogue c’est de la merde, on est bien d’accord.
Mais parfois la vie aussi.

Alors oui, aujourd’hui j’avais sincèrement besoin de ce petit remontant pour me faire oublier à quel point cette journée était merdique.
Je venais de perdre ma mère adoptive et, comme si cela ne suffisait pas, je ne trouvais rien de mieux à faire que de m’auto flageller en allant rendre visite à ma vraie mère.
C’est parfois étrange de se dire qu’on met une telle volonté à s’infliger les pires souffrances, tandis que pour chercher le bonheur, on n’est pas prêt à bouger le petit doigt.
C’est si facile d’aller au bar du coin et de se bourrer la gueule à coup d’alcools forts.
C’est si facile de rester chez soi à éplucher les factures tout en maudissant son sort.
C’est tellement plus dur de lever son cul de sa chaise et d’aller chercher du boulot, une copine, une putain de vie sociale.
Il y a toujours des « si », des « oui mais ». Et s’il n’en y a plus, on en invente.
Parfois, je me dis que ça ne peut plus durer…
Je me dis qu’un jour j’arrêterai de me complaire dans ma souffrance.
Que je finirai pas me battre pour que mon destin connaisse une meilleure issue.
Et que je ne dois pas me laisser envahir par toutes ces désillusions.
Mais peut-être que je me trompe sur ce dernier point…
Peut-être que ma quête du bonheur c’est ici, maintenant.
Ma vraie mère va m’accueillir à bras ouverts, et nous allons rattraper tous ces moments de complicité que nous n’avons jamais eu.
Voila une issue remarquable, et je n’ai pas peur de dire qu’elle me plairait beaucoup.
Assez de drames et de cynisme pour aujourd’hui.
Allons faire face au destin de manière sereine, et advienne que pourra.

Je me rendais à l’adresse indiquée, le cœur léger.
C’était un charmant pavillon au beau milieu d’un quartier résidentiel.
Je m’avançai, les mains moites et les aisselles ruisselantes de sueur.
J’aurais peut-être du mettre du Axe. Parait que ça plait aux filles.
Allez Sean, arrêtes tes conneries. Avances et sonnes à cette putain de porte, qu’on en finisse.
« Ding dong ! »
J’attendis une dizaine de secondes, qui me semblèrent être une dizaine d’heures.
Une charmante quinquagénaire vint m’ouvrir. Ses yeux bleus couleur océan juraient avec sa robe d’un vert éclatant.
Sa longue chevelure blonde venait se déposer sur ses frêles épaules, et son sourire émouvant me renvoyait à mon propre chagrin.
Je décidai d’entamer la conversation :
- « Bonjour madame…je m’appelle…
- Mike ! C’est toi !! Mon dieu… »
Etait-ce possible ? Elle m’avait reconnu. Si Mike était mon prénom, c’était celui dont j’avais toujours rêvé. Ca ne pouvait pas mieux tomber.
- « Vous…vous savez qui je suis ?
- Bien sur que je le sais ! »
Elle ravala sa salive. Me regarda avec ses yeux bleus emplis de tristesse, mais qui traduisaient aussi une joie sincère et tant attendue.
- « Tu es mon fils… j’ai toujours su que tu viendrais… si tu savais comme je suis heureuse de te voir ! »
Encore sous le choc, je pénétrai son pavillon, comme elle me le signifiait.
Le hall était superbe, le salon ne l’était pas moins.
Je m’asseyais sur un confortable canapé en cuir, et ma mère ne tarda pas à m’offrir des petits gâteaux et un thé à l’eucalyptus.
- « Mets toi à l’aise mon chéri… Alors, par où commencer ? »
Je ne m’étais évidemment pas préparé à un tel dialogue. Je ne m’étais pas imaginé, pas même dans mes rêves les plus fous, que cela se passe aussi bien.
Et pour cause.
- « Sick Boy ? Pourquoi ne me réponds-tu pas ?
Avais-je mal compris ? Elle m’avait appelé par mon surnom. Elle ne pouvait pas le connaître.
A moins que…
- Comment sais-tu que l’on m’appelle Sick Boy maman ?
- Maman ? Qu’est-ce qui te prend dude ? »

Mes jambes vacillèrent. Le sol semblait disparaître sous mes pieds.
Bientôt, le canapé disparut. Le salon aussi…ainsi que ma mère.
Je n’étais nullement assis, mais debout en plein milieu de la rue.
Thierry se tenait à mes cotés, l’air hagard.
- « Tu vas bien ? Tu m’entends ?
- Putain, qu’est-ce que tu fous là Thierry ? Où est ma mère ?
Où est le pavillon ?
- Quel pavillon ? Tu n’as pas bougé d’un centimètre depuis bientôt 10 minutes.
J’étais dans le bar quand je t’ai vu planté là, les yeux dans le vide.
Avoues, tu as encore gobé c’est ça ? »
Merde. C’était donc ça. J’étais totalement perché.
Je n’étais jamais allé chez ma mère. Tout cela n’était qu’un minable fantasme né de mon cerveau malade.
Vous y avez cru n’est ce pas ? Je ne sais pas vous, mais moi oui.
J’ai vraiment cru pendant un instant que mon destin me souriait. Comme la fin d’un mauvais épisode de Beverly Hills. Mais la vraie vie, c’est pas comme dans les séries.
On ne peut pas toujours choisir d’écrire la fin de l’histoire.
On peut forcer le destin, mais il y a certaines choses qui restent immuables.
On ne peut pas forcer les gens à vous aimer.

Je repris la route, tout en remerciant Thierry de m’avoir sorti de ma torpeur et d’avoir mis fin prématurément à ce rêve idiot.
Il avait su rester sobre pour une fois. J’avais peur qu’il me sorte une formule à la con du type : « La vie c’est comme une boite de chocolats, on sait jamais sur quoi on va tomber. »
C’est ça ouais. Si vous saviez le nombre d’imbéciles qui m’ont sorti ce genre de phrases débiles, vous risqueriez d’être surpris.
« Je croque la vie à pleines dents. Je vis ma vie à 100 %. »
Et le prince charmant, il va chercher la princesse sur son cheval blanc.

Je décidai d’appeler un taxi, ma mère vivant à l’autre bout de la ville.
Un type d’une cinquantaine d’années, chauve et bedonnant, s’arrêta à ma hauteur.
- « Où désirez-vous aller monsieur ?
- Chez Alice. Au pays des Merveilles. »
Ah non. C’est pas ça la bonne réponse.
Faut que j’arrête de gober pour aujourd’hui.
- « Conduisez-moi à l’adresse indiquée sur ce papier, s’il vous plait. »
Le chauffeur prit mon post-it et se mit en route.
Tandis que nous roulions, mon esprit s’égarait à nouveau et je repensai à cette rencontre qui allait cette fois se dérouler pour de vrai.
Quelles étaient mes réelles attentes, qu’espérais je donc de ces retrouvailles si tardives ?
La meilleure solution n’était-elle pas finalement de rentrer chez moi et d’aller faire mon deuil avant de reprendre cette quête… ou pas.
- « Quelque chose ne va pas monsieur ?
- Je vous demande pardon ? »
Le chauffeur s’adressait à moi tout en jetant de rapides coups d’œil au rétro.
Mon air mi-désespéré mi-euphorique avait du l’interpeller. Les effets de l’exta allaient disparaître, bientôt ne subsisterait que le désespoir.
- « Vous n’avez pas l’air dans votre assiette. Mauvaise journée ?
- On peut dire ça. J’ai perdu ma mère adoptive aujourd’hui.
- Ah. Je suis désolé. Sincèrement.
- Merci pour ta compassion mon pote. Sincèrement. »
Ca n’était pas ironique. Tout le monde ne paraissait pas aussi vrai que lui. On aurait dit qu’il savait de quoi il parlait.
- « De rien. Je sais ce que vous ressentez. Ce n’est pas évident. Il faut du temps. »
Je regardai son nom dans le rétro. Michael. Décidément…
- « Vous aussi Michael ? Vous avez perdu quelqu’un, je me trompe ?
- On ne peut rien vous cacher. J’ai effectivement perdu des êtres chers.
Ma famille est morte dans un incendie. Ma femme, Hélène, et ma petite fille de 5 mois, Lula. Un stupide accident de gaz. »
C’était terrifiant et bizarre à la fois. Ce type venait d’évoquer une tragédie sans nom.
Pourtant le ton de sa voix ne paraissait pas de circonstances. Je n’aurais pas dit qu’il était joyeux, ça non. Mais il y avait comme une sorte de détachement, ou plutôt d’apaisement.
Comme si tout cela était derrière lui. Comme s’il avait digéré cette catastrophe.
Je ne savais plus quoi dire. Fort heureusement, Michael vint à ma rescousse.
- « Je lis la surprise dans votre regard. Vous ne vous attendiez pas à une telle histoire n’est-ce pas ? Rassurez-vous, je n’attends pas de condoléances ni de formules toutes faites. Ca s’est passé il y a 7 ans déjà. J’ai fait mon deuil. »
Ce type était remarquable. Un tel calme dans sa voix, une telle détermination.
Il semblait vraiment penser ce qu’il disait.
- « Ca a du être très dur…
- Ca c’est sur. J’ai connu une longue période de dépression après ça.
Et bien sur, mon travail s’en est ressenti. Mon patron m’a viré de la boite après quelques grossières erreurs de comptabilité. Pour incompétence manifeste.
- Quelle espèce d’enf…
- Vous croyez ? Moi aussi sur le coup, j’étais en colère contre lui. Mais c’est ainsi que fonctionne l’entreprise. On ne peut garder quelqu’un qui ne respecte plus ses engagements ad vitam aeternam.
Alors j’ai pris sur moi. Enfin, pas immédiatement… »
Michael marqua une pause. Je l’imaginai en train de se remémorer brièvement ces difficiles moments de sa vie.
Michael en train de se bourrer la gueule dans son living-room.
Michael en train de pleurer toutes les larmes de son corps devant une famille unie dans un soap américain.
Michael en train de contempler cette lame de rasoir qui le narguait au fond de son lavabo.
Mais j’avais sans doute tort. Je continuai de l’écouter avec attention.
- « J’y ai mis le temps, mais j’ai finalement décidé de tirer un trait sur tout ça.
Pas de l’oublier, attention. Quoi qu’il arrive, je ne pourrai jamais oublier le sourire de ma petite Lula. Ni celui de ma princesse.
Mais il faut savoir composer avec son passé. Même s’il est dur à avaler.
J’ai doucement repris goût à la vie. J’ai acheté ce taxi et, bien que mon train de vie ne soit plus le même qu’avant, je m’en accommode très bien. J’ai appris à me détacher des choses matérielles.
Rien ne compte plus dorénavant que de fonder un nouveau foyer, de tutoyer le bonheur une nouvelle fois. Certes, je n’ai pas encore trouvé la future mère de mes enfants, mais… »
Il se retourna et esquissa un léger sourire empreint de mélancolie, avant de conclure :
« La vie continue… »

Je descendis à l’adresse indiquée, encore déboussolé.
Le récit de Michael m’avait mis dans tous mes états.
Comment cet homme pouvait-il garder une telle assurance, une telle confiance en la vie après ce qui lui était arrivé ?
J’avais perdu une femme qui était comme ma mère, lui avait perdu une femme qui était et resterait sans doute son éternel amour, et un petit bout de chou qu’il avait mis au monde.
On ne va pas jouer au jeu de « qui est le plus malheureux ? ».
Pourtant, je m’autorisais à penser que ce type avait vécu un drame bien pire que le mien.
Et il n’avait pas sombré. Comme je l’aurais sans doute fait à sa place.

J’arrivai enfin à destination.
Pas de pavillon en vue. Juste un immense HLM qui se profilait à l’horizon, au milieu d’un environnement que l’on aurait pu aimablement qualifier de « cité. »
Ghetto était plus approprié.
Nul doute que le prix de la came devait être bon marché ici. C’était le genre de quartier ou les mecs devaient se piquer à longueur de journée, vu la faune étrange qui régnait autour de moi.
Des types louches à moitié à poil me reluquaient d’un air inquiet.
Je n’avais pourtant pas l’air d’un flic en civil. Et puis, quoi qu’il arrive, j’avais filé mes derniers billets à Michael.
Si je voulais fuir, m’échapper de cette triste réalité, je n’avais que mes jambes pour courir.
Et quand bien même je me serais fait désosser par cette bande d’allumés , ma vie aurait été plus rose que celle de Michael. Je ne pouvais m’empêcher de penser à la description qu’il m’avait faite de sa petite fille.
La petite Lula et sa passion pour les tours de magie.
La petite Lula et sa robe rouge vif avec des pompons multicolores achetée pour noël.
La petite Lula en train de brûler vive.

« Ding Dong »
Cette fois, c’était la bonne.
Mes mains étaient toujours aussi moites, les battements de mon cœur toujours aussi rapides.
Mais étrangement, je n’étais plus aussi défaitiste.
Quoi qu’il arrive, je savais qu’au bout du tunnel, il pouvait encore y avoir de la lum…
- « C’est pour quoi ? »
Une vieille dame aux trais disgracieux venait de m’ouvrir la porte de son appartement.
Enfin, pas entièrement : elle avait laissé la petite chaînette pour bloquer la porte d’entrée, au cas ou…
- « Bonjour madame. Je m’excuse de vous déranger. Il se trouve que je… je suis votre fils naturel. »
Qu’est-ce qu’on est censé dire dans ces cas-là ? Je n’ai pas du assez regarder la télévision pour m’en souvenir. D’habitude, les mots viennent tous seuls mais c’est facile, les mecs ont appris leur texte.
Moi je faisais du Sean. Enfin, du Sick Boy. Whatever.
La vieille dame me dévisagea d’un air ahuri. Ses yeux étaient cernés, sa peau était grasse et sa permanente plus que douteuse.
Elle tenait une vieille clope du bout de ses doigts crochus comme le célèbre capitaine.
Charmant tableau.
La suite n’allait pas manquer de piquant non plus.
- « Mon fils naturel hein ? »
Je retenais mon souffle. Croisais les doigts malgré le dégoût qu’elle m’inspirait.
Après tout, une mère, aussi pathétique soit-elle, c’était toujours mieux que pas de mère du tout. Et puis je me faisais peut-être une fausse image du personnage.
Ne jamais se fier aux apparences.
C’était l’une des choses que m’avait apprise ma « maman » avant de passer de vie à trépas.
Avant de rejoindre le paradis et ses petits anges joueurs de flûte, ses longs fleuves de chocolat qui rendent amoureux et ses prairies verdoyantes remplies de superbes nymphes, de sublimes fleurs au parfum délicieux, et de cachets d’ecstasy.
- « Il doit s’agir d’une erreur jeune homme. Je n’ai jamais eu d’enfant. »

La sentence était tombée monsieur le juge.
Je tentai de réclamer un sursis. Qui ne tente rien n’a rien disait une autre formule à la con.
- « Attendez… je suis sérieux… regardez au moins ma carte d’identité, vous verrez que la date coïncide peut-être avec…
- Avec rien du tout ! Vous allez me foutre le camp ou bien j’appelle la police !
Ai-je été suffisamment claire ? »
On pouvait difficilement l’être davantage.
Qu’étais-je censé en penser ? Ma « maman » s’était-elle trompée d’adresse, ou bien m’en avait-elle donné une bidon afin que je conserve une lueur d’espoir ?
Non. C’aurait été un coup bas dont elle n’aurait pas été capable.
La vieille dame me referma la porte au nez, et je me dirigeai sans attendre vers la porte adjacente.
Je voulais demander à ses voisins si cette sorcière s’appelait effectivement Karen Swanson.
Si elle était réellement ma génitrice.
Car ma vraie mère avait peut-être déménagé. Peut-être qu’il y avait une Karen Swanson quelque part dans ce pays qui serait prête à m’accueillir dans sa vie.
Ou peut-être aussi que cette mégère m’avait menti effrontément.
Je devais en avoir le cœur net…
Je devais…

Et puis non. A quoi bon après tout.
A quoi bon aller remuer toute cette merde, persister à vouloir fouiller son passé ?
Deux solutions possibles.
Soit ma mère était bien cette horrible personne, et ma quête se terminait là.
Soit elle vivait ailleurs. J’aurais pu continuer à la chercher des mois, des années durant.
Mais elle avait sans doute ses raisons pour m’avoir abandonné.
Peut-être pas les bonnes, certes.
Mais c’était son choix, et je devais peut-être, dans une certaine mesure, le respecter.
Après tout, je n’avais pas forcément besoin de la connaître pour mener la vie que je désirais.
Ce que je suis, ce que je serai, il n’y a pas de lien véritable avec elle.
Quelques gènes peut-être, un caractère plus ou moins identique.
Et après ?
Nos histoires diffèrent, nos chemins n’ont jamais été les mêmes.
Je dois me libérer de cette emprise, de ces chaînes illusoires qui entravent le bon déroulement de mon existence.
Et puis, il n’y a pas « un bon déroulement » type.
Il n’y a qu’un « déroulement » dirait sans doute Michael.
Au fil du temps, les événements s’enchaînent
On peut influer sur certains, on ne peut en changer d’autres.
C’est ainsi.

Je descendis les escaliers et sortis de cet immonde taudis.
De pathétiques junkies au regard livide semblaient m’attendre.
L’un d’eux s’approcha de moi et je pus sentir de près son haleine fétide qui trahissait un régime plus que douteux mais surtout une consommation accrue de stupéfiants.
- « Hé msieur, vous auriez pas un peu d’monnaie sur vous ? C’est pour la bonne cause !
- Si acheter du crack c’est une bonne cause, alors moi je suis l’abbé Pierre.
Vous préférez pas une petite sanctification ? »
C’est la seule et unique pensée qui m’ait traversée l’esprit à ce moment-là.
Je me demandai encore ce qui m’avait poussé à donner une réponse aussi stupide à un gang de camés en manque quand soudain un poing s’éleva dans les airs.
Avant que j’ai eu le temps de réagir, une main blanchâtre et nauséabonde vint s’étaler sur mon visage, bientôt suivie d’une dizaine de ses sœurs.
Je me retrouvai au sol tandis que cette bande de toxicos continuait à me rouer de coups.
Quand ils eurent considéré que j’en avais pour mon compte, l’un d’eux se mit en tète de me détrousser. Il déchanta bien vite quand il comprit que je n’étais pas très solvable.
Ces connards m’avaient tellement amoché que j’avais du mal à me relever. Je devais avoir au moins une ou deux cotes de fêlées.
Mais soudain, comme venu d’un endroit inaccessible, caché au plus profond de mon âme,
un rire surgit, un rire qui n’avait rien de simulé.
Je riais de bon cœur.
J’avais du sang plein le visage, le T-shirts en lambeaux. Mes jambes et mon dos me faisaient souffrir. Mais je continuais à rire sans pouvoir m’arrêter.
Le gang des cramés était déjà loin, mais l’un d’eux, peut-être un peu moins stone que les autres, était resté près de moi.
Nul doute qu’il devait être plutôt surpris de mon comportement en de telles circonstances.
Il me regarda d’un œil torve et demanda :
- Pourquoi tu t’marres mec ? Qu’est ce qui te fait rire comme ça ?
Je souris de mes dents ensanglantées et lui répondis, les yeux dans les yeux :

- La vie continue dude…
La vie continue.



FIN
Son associé au billet :



--


:: Poster un commentaire

Votre nom : *
Votre adresse email : *
Titre du commentaire : *
Votre commentaire : *
Votre centerblog : http://.centerblog.net

Code de validation

CAPTCHA Image

Pour valider votre commentaire, vous devez recopier ci-dessous le chiffre que vous lisez sur l'image à gauche :

 

Ce blog est hébérgé par centerblog. Créer un blog c'est simple, rapide et gratuit sur centerblog.net !
Signaler un abus